Redonner aux objets leur fonction première

Publié le par Amélie Gaucher


Exposer un objet, serait-ce le priver de son usage commun, le détourner de sa signification conventionnelle au profit d’un discours, celui de l’exposition ? Prenons l’exemple de Figures du corps (ENSBA, Paris, nov. 2008-janv 2009). Documenter les représentations du corps au travers des siècles ou comment les recherches sur l’anatomie sont depuis toujours le point de rencontre entre les sciences, l’art et l’esthétique, et tel est l’enjeu de l’exposition.

 

« Figures du corps » c’est une muséographie classique plutôt esthétisante (accrochage traditionnel des tableaux, soclage des sculptures, isolement des expôts sous vitrine, etc.) et pédagogiquement efficace (sections thématisées, cartels détaillés, panneaux introductifs d’aide à la visite, etc.). Considérons maintenant la puissance symbolique du site dans lequel est installée l’exposition, l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Faisons alors un pas de plus dans l’espace de l’exposition et prêtons maintenant attention aux visiteurs présents le jour de notre visite. Qui sont-ils ? Des jeunes gens flanqués de leur carnet de croquis observant attentivement les expôts tandis que nous tentions de nous frayer un passage sans trop point les déranger. La situation est évocatrice : ces étudiants en posture de copiste incarnent parfaitement le vocabulaire gestuel de l’artiste. La spécificité du site donne alors tout leur sens aux objets. Même exposés, insérés dans un discours, agencés selon les exigences du commissaire, décontextualisés de leur époque, les objets présentés au sein de l’exposition sont parvenus à conserver leur fonction première : donner la leçon, fasciner par les mystères de l’anatomie humaine et surtout, faire que les artistes continuent de s’en inspirer.

Amélie Gaucher

Publié dans Thème : Objets

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