Le mur d’images : montrer pour dire

Publié le par expologie

A 500 kilomètres d’intervalle mais au même moment, deux expositions mettent en scène cet objet furieusement redevenu à la mode qu’est le vinyle. Rien de bien étonnant à cela dans une exposition consacrée à Serge Gainsbourg d’une part, et à la culture jeune des années 1950 à aujourd’hui d’autre part. Rien sinon que le choix du dispositif est à peu près identique : les pochettes vinyles s’étalent de haut en bas et de droite à gauche sur une cloison pour constituer un mur d’images.

Dans le cas de Gainsbourg 2008 (Cité de la musique), les vinyles sont sagement rangés dans un ordre chronologique qui permet de voir l’évolution de la carrière de l’homme à la tête de chou, passé en l’espace de 30 ans du statut de compositeur dans l’ombre de chanteurs à la mode, à celui d’invité incontrôlable mais terriblement médiatique dans les années 1980.
















Mur d’images de l’exposition La Marque Jeune, MEN, 2009.

Dans le cas de La Marque Jeune (Musée d’ethnographie de Neuchâtel), le parti-pris retenu offre une double lecture. Horizontalement, le mur est découpé en cinq périodes chronologiques de dix ans : les visiteurs remontent ainsi le temps au fur et à mesure qu’ils avancent dans la pièce, depuis les années 1990 jusqu’aux années 1950. Mais le mur est également découpé thématiquement de haut en bas, et c’est tout l’intérêt du dispositif.

 

Le panneau des années 1990.

Ainsi, la première ligne de ce mur est consacrée à la manière dont la jeunesse de chaque décennie envisage - ou est censé avoir envisagé - la sexualité. On passe de la transsexualité et de l’homme-objet bien en vue sur les vinyles des années 1990, à la nouveauté que constituent les premiers décolletés et les premières cuisses dénudées sur les pochettes des années 1950, en passant par la nudité crue que proposent celles de la période hippie. De même, « la deuxième ligne évoque le rapport aux "autres" qui, sous la forme de l’idéalisation, du rejet ou du retour au fantastique renvoie aux flux migratoires et aux échanges culturels liés à la globalisation » (catalogue de l’exposition, p.62).

La troisième ligne met quant à elle en images, décennie après décennie, la contestation des institutions dominantes par la jeunesse : celle de la société de consommation (années 1990), celle des forces de l’ordre accusées de brimer la liberté d’expression (années 1980 et 1970), celle des forces qui s’exerce contre les droits des Noirs aux Etats-Unis (1960), celle enfin de la bienséance bourgeoise (1950). Ce mur est alors une chronologie rendant visible les évolutions et la permanence de « l’identité jeune » depuis le milieu du XXe siècle, mais il se lit aussi comme une série de photographies où sexualité, contestation et rapport à l’autre définissent ce que fut la jeunesse de chaque époque.

Car la jeunesse n’est pas qu’un mot, elle est révolte et posture, rires et larmes, violence et futilité, tout ce que de longs textes infligés aux visiteurs n’auraient pas pu dire, et que ce simple mur d’images nous transmet avec brio.

 

Nicolas Blémus

     

 

Publié dans Thème : Discours

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